| Mon Profil : | |||
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| Etudiant | Entreprise | Professionnel | Chercheur |
François-Joseph DANIEL
Maître de Conférences
Docteur en Sociologie
Mail: daniel.francois-joseph(at)engees.unistra.fr
tel: 03 88 24 82 35
Mes thèmes de recherche portent sur les dynamiques sociétales engendrées par l’émergence des problèmes d’environnement. L’essor de la techno-science et l’industrialisation des modes de production et de consommation ont contribué à générer de nombreuses perturbations tant sur les écosystèmes que sur la santé humaine. Ce qu’Ulrich Beck appelle l’effet « boomerang » de la société sur elle-même force de plus en plus les acteurs de la société à mettre en place des dispositifs d’action collective pour gérer les nouveaux risques et redéfinir les conditions du vivre ensemble. Mes travaux ont plus particulièrement porté sur les questions agro-environnementales (dispositifs de gestion de l’environnement, mouvements de résistance à la normalisation environnementale, dynamiques de mise en politique de ces problèmes) et les problématiques énergétiques liées à la conservation des aliments par le froid. Mes travaux de recherche à GESTE, dans les années à venir, porteront davantage sur les phénomènes sociaux engendrés par les dynamiques de production, gestion et valorisation des déchets.
Problèmes d’environnement et dispositifs de gestion
La mise en œuvre des dispositifs de protection de l’environnement engagent des logiques de gestion permettant d’opérationnaliser les objectifs de préservation. Mes travaux sur les dispositifs agroenvironnementaux – de soutien à la multifonctionnalité de l’agriculture – ont permis de comprendre davantage ces logiques. Celles-ci s’organisent, d’une part, autour d’un effort de rationalisation des objectifs environnementaux ; il s’agit d’identifier, de dénombrer et d’indexer la variété des écosystèmes, des espèces et des habitats à protéger, de « cadrer » et « normaliser » les actions de préservation à mettre en œuvre. A cette logique rationalisatrice s’ajoute, d’autre part, une logique disciplinaire dont la vocation est de veiller au bon respect des mesures de protection de l’environnement. La mise en place d’une telle logique concourt à l’édification de « bureaucraties de contrôle » chargées de surveiller les milieux et de rendre de compte de l’accomplissement des objectifs écologiques. Enfin, ces dispositifs mettent en scène des logiques d’apprentissages destinées à faire intégrer aux acteurs socio-économiques engagés dans les programmes de préservation de la nature les connaissances nécessaires aux actions de préservations. Les contours pris par ces instruments de gestion de l’environnement, et en particulier l’articulation entre les dimensions rationalisatrice, disciplinaire et pédagogique, diffèrent selon les situations observées. L’analyse comparée entre la France et les Pays Bas a permis de mettre en lumière des dynamiques distinctes de construction et d’appropriation de ces dispositifs. Les traductions nationales varient en fonction des niveaux de gouvernance ayant prévalus dans l’organisation des processus décisionnels et des choix opérés en matière d’organisation et de gestion administrative des dispositifs. Aux Pays Bas, la construction du dispositif a été caractérisée par une ouverture très large des processus décisionnels aux organisations environnementales et à l’expertise écologique – ce qui a contribué à légitimer l’introduction de principes de performance et d’« efficacité environnementale » au sein des dispositifs agro-environnementaux. Cette trajectoire a été caractérisée par un fort degré de rationalisation des objectifs de protection alors que la vocation plus pédagogique du dispositif est restée peu développée. En France, les choix ont, au contraire, favorisé une participation plus forte des intérêts économiques (organisations professionnelles agricoles), laissant de fait très peu d’espaces de manœuvre aux nouveaux entrants (associations de protection de la nature) dans le jeu décisionnel, la construction et l’organisation globale du dispositif. Les objectifs écologiques ont été, de ce fait, moins centraux dans la définition des conditions d’attribution des aides publiques à l’agriculture.
Mouvements agricoles et résistance à la normalisation environnementale
Ces constructions institutionnelles révèlent des trajectoires distinctes d’institutionnalisation de l’agroenvironnement qui engagent des rapports de forces différentiés entre les groupes sociaux. La trajectoire néerlandaise, en particulier, qui rompt de façon très abrupte avec les années de cogestion des affaires agricoles entre les administrations de l’Etat et la profession agricole, est à ce titre très novatrice ; elle a induit une transformation très profonde des mouvements agricoles qui se sont réorganisés autour d’un discours localiste et auto-régulationiste de résistance à la normalisation environnementale. L’une des stratégies des agriculteurs réunis autour de « coopératives environnementales » a consisté à jouer la carte de l’ouverture du territoire professionnel à des acteurs extérieurs au monde agricole pour mieux construire des alliances au niveau local, proposer des formes d’autorégulation et contrer les injonctions réglementaires du niveau national. Cette stratégie est moins l’expression d’un engagement construit et structuré autour de la défense d’une cause idéologique, mais davantage le fait d’un réajustement pragmatique des professionnels agricoles face aux tensions contemporaines nées de l’évolution des conditions d’exercice du métier d’agriculteur.
Mise en politique, alertes et controverses
Les processus de mise en politique des problèmes environnementaux ne sont pas sans générer des controverses sociotechniques portant sur l’existence et la qualification de ces phénomènes. Face à des objets caractérisés par de fortes incertitudes, ces controverses ont souvent été présentées comme des dynamiques d’apprentissage susceptibles de construire des compromis durables entre les différents acteurs de la société. Certaines d’entre elles n’aboutissent cependant pas nécessairement à la mise en place de terrains d’entente entre acteurs; elles ne génèrent pas systématiquement des modes de régulation à même d’apaiser les tensions sociales. Mes travaux (issus d’une recherche collective) sur les prises de positions contradictoires relatives au comportement alimentaire des vautours fauves (gyps fulvus) dans le massif des Pyrénées ont mis en évidence un cas de controverse où les tensions sociales nées d’incertitudes sociotechniques se perpétuent dans le temps malgré la mise en place d’un dispositif d’objectivation et de gestion du problème. Dans ce type de controverse, c’est la mise en place de ce dispositif censé administrer la preuve qui est lui-même à l’origine de la relance des incertitudes et de la poursuite des luttes entre acteurs. Ces travaux ont, de plus, également pu mettre en évidence le rôle du format médiatique dans la construction et la réception des alertes préalables à tout processus de mise en controverse. Ils ont montré que le succès des alertes dépend en partie du format journalistique, et notamment du « pacte de lecture » qui encadre les interactions entre l’éleveur, le journaliste et les lecteurs.
Problématiques énergétiques liées à la conservation des aliments par le froid
Le secteur de la conservation alimentaire par le froid est aujourd'hui confronté à de nouveaux enjeux. Dans un contexte de changement climatique, il s'agit tant pour les professionnels que pour les consommateurs, de sécuriser et maintenir le niveau de confiance dans la chaîne du froid tout en réduisant les pertes alimentaires et la consommation d'énergie des équipements liés à ce mode de conservation. Pour les consommateurs en bout de chaîne, la conservation par le froid renvoie à la maîtrise de l'approvisionnement et du stockage des produits alimentaires et de la préparation des repas. Ces différents moments de la chaîne du froid dépendent fortement du rapport des mangeurs aux infrastructures du froid, c'est-à-dire à l'ensemble des équipements et des éléments matériels qui rendent possible la conservation des produits alimentaires par le froid. Ces infrastructures sont les supports des logiques de conservation des aliments au sens où ils les rendent possibles tout en leur imposant des contraintes structurant les comportements. Les contraintes matérielles imposées par les espaces frigorifiques et domestiques appellent à une restructuration en profondeur de ces infrastructures du froid afin de repenser de façon plus intégrée la géographie du froid domestique et, par là, rendre incontournable les pratiques vertueuses d'économie d'énergie. Cette restructuration suppose l'invention de nouvelles infrastructures (équipements frigorifiques, innovations architecturales, etc.) à même de prendre en compte la diversité des logiques alimentaires et la grande variabilité des pratiques.
Production, gestion et valorisation des déchets
Du point de vue des activités de recherche envisagées dans le cadre de mon intégration dans le laboratoire GESTE, la problématique de la production, la gestion et la valorisation des déchets sera pour moi l'occasion de découvrir et de comprendre un nouvel espace social. Les transformations de la gestion des déchets font intervenir des changements ayant trait à l'action publique, aux instruments de gestion, aux savoirs et aux controverses socio-techniques se rapportant à ce champ de l'action publique, et enfin à l'émergence de nouveaux métiers. La mise en lumière de ces différentes dimensions sera nécessaire à la compréhension des situations de gestion des déchets et, plus globalement, à l’appréhension des mutations socio-techniques dont le secteur des déchets fait l'objet.
- 2011 Action Research and Performativity: How Sociology Shaped a Farmers' Movement in The Netherlands. Sociologia Ruralis, 51: 17–34.
- 2011. Environnement et contre-mobilisations agricoles. Vers une analyse des mouvements professionnels de résistance à la normalisation environnementale aux Pays Bas. Etudes Rurales. Janvier- Juin 2011, 187, 203-216.
- 2011. Les controverses sont-elles toujours productives ? Le cas des Vautours Fauves dans les Pyrénées. Avec M. Vidal. Didier Busca, Régis Barbau. Sciences de la Société. Pp 131-144
- 2011. L’éleveur, le vautour, et le journaliste. Quelle place du format médiatique dans la construction et la réception d’une alerte ? Réseaux. 2011/3, N° 167. Pp 167-188
- 2010. La « gestionnarisation » des politiques de protection de la nature aux Pays Bas. Politix. Vol.23, n°91, p. 159-177.
- 2009. Multifunctionality of agriculture and contractual policies. A comparative analysis of France and the Netherlands, Journal of Environmental Management. Vol. 90, Supplement 2, pp S132-S138, avec D. Perraud.
- 2008. Variations in Rural development. A comparative analysis of the application of the Rural Development Regulation Framework in France and the Netherlands, NJAS Wageningen Journal of Live Sciences, vol 56, N°1/2, pp 7-19
- 2011. La gestion du froid domestique par les ménages britanniques : des pratiques de gestion aux infrastructures du froid. Rapport d’étude réalisé dans le cadre du Projet « Frisbee ». CNRS- CERTOP.
- 2009. Compte rendu de lecture « L’environnement à la croisée des savoirs », Sébastien Hauger (coord.), Pour la science
- Activités d’enseignement de la sociologie (des organisations, des problèmes d’environnement, de la communication, etc.) dans différents organismes d’enseignement supérieur (Université de Paris-Dauphine, Université Paul Sabatier de Toulouse, Université de Toulouse le Mirail, Ecole d’Ingénieur de Purpan). Ces activités d’enseignement forment un volume horaire total de 46h en 2008-2009, 145h en 2009-2010 et 80h 2010-2011.