Pour mieux comprendre ces mécanismes, Jérémy Masbou (ENGEES ITES) a conduit avec plusieurs collègues en France et en Bolivie une étude approfondie sur deux grands lacs du plateau andin bolivien, le lac Titicaca et le lac Uru Uru, perchés à près de 3 800 mètres d’altitude, et particulièrement sensibles aux perturbations environnementales.
Dans le cadre de ce travail, les chercheurs ont analysé près de 400 échantillons provenant de différents compartiments de l’écosystème : sédiments, plantes aquatiques, invertébrés, poissons et oiseaux. L’objectif était de suivre la circulation du mercure depuis les sédiments jusqu’aux prédateurs situés au sommet des chaînes alimentaires. Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé une méthode analytique innovante : l’analyse isotopique spécifique des composés. Cette approche permet de distinguer les différentes formes chimiques du mercure et d’identifier leurs sources ainsi que les transformations qu’elles subissent. Les plateformes analytiques d’ITES ont notamment permis les analyses isotopiques du carbone et de l’azote dans des échantillons biologiques (invertébrés, poissons, etc.), nécessaires à une compréhension fine de la chaîne alimentaire locale.
Les résultats montrent une bioamplification marquée du méthylmercure le long des chaînes alimentaires. Les concentrations augmentent des producteurs primaires jusqu’aux poissons piscivores et aux oiseaux, où elles peuvent atteindre des niveaux élevés, jusqu’à 2 mg/kg. Les enjeux sanitaires pour les populations locales, dont l’alimentation repose en partie sur les ressources halieutiques de ces lacs sont donc importants !
L’étude met également en évidence le rôle central des sédiments et des environnements benthiques comme principale source de méthylmercure pour les organismes aquatiques. De plus, l’analyse isotopique révèle que cette contamination provient de façon majeure de dépôts atmosphériques. Ces apports atmosphériques peuvent représenter la grande majorité du mercure accumulé dans les poissons de ces écosystèmes, en comparaison aux sources locales. Ce constat est particulièrement intéressant dans un contexte régional marqué par l’orpaillage et l’utilisation illégale de mercure.
Ces résultats illustrent l’ampleur du transport atmosphérique global des polluants. Même des écosystèmes isolés et situés en altitude peuvent être affectés par des sources de pollution situées à des milliers de kilomètres.
En savoir + Masbou, J., et al. (2025). Mercury compound-specific stable isotope fractionation in high-altitude lake ecosystems of the Bolivian Altiplano. Science of the Total Environment, 983, 179630.


