Comment est née cette thèse ?
Tout a commencé par un stage de six mois à l'ENGEES en 2022 durant mon master de sociologie environnementale, sur un sujet lié aux ambassadeurs du tri. Cette expérience m'a donné envie d'aller plus loin. Avec mon maitre de stage François-Joseph Daniel, chercheur à l’ENGEES au sein du laboratoire SAGE, on a monté un projet de thèse et cherché des financements. Après une longue période d’attente précaire, j’ai eu la bonne nouvelle en juillet 2023 d’un co-financement validé entre l’ENGEES et l’université de Strasbourg.
Sur quoi travaillez-vous ?
Je regarde comment se met en place, concrètement, la sensibilisation aux déchets à l'échelle locale. Qui l'organise, qui la fait, comment les habitants la reçoivent. Je suis les ambassadeurs du tri dans leur travail de porte-à-porte et je participe aux ateliers de sensibilisation. J'effectue des entretiens semi-directif, de l'observation sur le terrain et beaucoup de lecture aussi.
Quels résultats commencent à émerger ?
Un fait qui ressort clairement : la sensibilisation touche quasi exclusivement des femmes, tant du côté public que du côté acteurs. Les ateliers proposés — fabrication de produits ménagers, cosmétiques naturels, couches lavables — s'adressent à celles qui gèrent le foyer. Ça dit quelque chose sur la façon dont l'effort écologique est inégalement réparti dans la société. On pourrait parler de "charge écologique", au croisement des travaux sur la charge mentale et sur l'environnement.
Un autre résultat que j’ai publié cette fois, en co-écriture avec mon directeur de thèse, est la réalité du travail des ambassadeurs du tri ! Passer 35 heures par semaine à toquer à des portes d’immeubles souvent fermées, gérer des situations de solitude, de précarité ou d’hostilité, tout en portant un message environnemental.... C’est cette dimension humaine et professionnelle qu’on a tous les deux documentés.
J’ai présenté ces résultats à nos partenaires, l'Eurométropole de Strasbourg et son service de collecte des déchets, et cela a déjà permis de faire émerger des idées. Il y a une part d’opérationnalité immédiate.
Et la vie de doctorant, ça ressemble à quoi ?
C'est une position particulière, très solitaire, mais privilégiée. J’ai une liberté, notamment intellectuelle que je ne revivrai certainement jamais ! J’oscille entre doute “Est ce que je vais y arriver ?” et moments où je me sens pleinement à ma place ! Je donne aussi des cours à l’université pour développer mes compétences et me projeter dans ce que peut être la vie d'enseignant-chercheur, en espérant poursuivre quand je n’aurai plus de financement. Les thèses en sciences sociales sont toujours beaucoup plus longues, j’espère finir la mienne en 4 ans. Et je me dois d'aller au bout ! A vrai dire, je n’étais pas prédestiné à aller aussi loin ! Je suis issu d'une famille sans diplôme d’études supérieures et c'est grâce aux bourses et à l'université publique que j'ai pu en arriver là. Je n'oublie pas ça.


