Le projet Innov’Eau PhytoToiture vise à adapter la technologie des filtres plantés aux toitures pour traiter les eaux usées des bâtiments urbains à partir de solutions fondées sur la nature. Porté par un consortium réunissant les laboratoires ICube et SAGE ainsi que les entreprises Soprema et Aquatiris, ce projet est financé par l’Ademe dans le cadre du plan France 2030. Il contribuera à une gestion optimisée et durable des eaux grises en milieu urbain, en alliant innovation technique et respect des contraintes environnementales, sociales et réglementaires. Il repose sur quatre démonstrateurs, situés à Paris, Sausheim et Strasbourg, conçus pour analyser les spécificités relatives aux traitements de différentes sources d’eaux usées entrantes : eaux de salles de bain de logements, eaux ménagères des bureaux et des vestiaires d'une usine, eaux d'une cantine d’entreprise. Ils permettent également d’étudier les usages qui peuvent en être fait en sortie. Les enjeux soulevés dans les domaines de l’hydraulique et des sciences sociales et politiques sont pris en charge par des équipes de l’ENGEES.
L’équipe Mécaflu du laboratoire ICube a pour tâche d’étudier le fonctionnement hydraulique et les performances épuratoires de filières de traitement des eaux grises adaptées aux toitures des bâtiments urbains. Cette étude s’appuie sur une approche combinant modélisation et instrumentation, et se concentre sur la dynamique hydraulique des entrées et des sorties du système, en caractérisant les volumes, les débits et les fréquences des eaux grises sur les quatre sites choisis. Les mesures réalisées permettent d’évaluer l’impact de la pluviométrie et d’identifier les besoins en aval afin d’adapter le traitement aux contraintes spécifiques de chaque site. L’instrumentation et le traçage hydraulique permettent d’étudier les différentes étapes du processus, notamment l’alimentation, l’épandage, le drainage et la surverse. Une modélisation globale du système (collecte, prétraitement, stockage, distribution) est réalisée pour proposer des améliorations visant à mieux gérer les pics de production et à optimiser le rendement en continu. Des règles de dimensionnement seront établies en fonction des typologies de gisement et d’usage, en intégrant les événements climatiques extrêmes. Un outil opérationnel sera développé avec Aquatiris et SOPREMA pour évaluer les performances annuelles du système au regard des sollicitations.
Au-delà des enjeux techniques, la réussite du projet repose également sur la prise en compte des enjeux sociaux, politiques et réglementaires de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) en contexte urbain et domestique. Pour ce faire, l’équipe du laboratoire SAGE réalise trois enquêtes sociologiques complémentaires. Une première enquête quantitative, représentative de la population française, doit caractériser les représentations sociales de la REUT, et mettre à jour ses déterminants. Ensuite, des enquêtes sont réalisées sur les sites des différents démonstrateurs pour comprendre quelles sont les perceptions, les pratiques et les questionnements des différents publics concernés par la récupération ou la réutilisation de ces eaux. La troisième enquête, qualitative, vise à analyser les rouages complexes de l’action publique en matière de REUT. Elle repose sur des entretiens menés auprès des acteurs qui ont contribué à construire un cadre réglementaire depuis le Plan Eau (2023) et la prise de conscience publique des enjeux liés à l’eau à l’heure de la crise climatique.
Le projet a démarré en 2025 pour 5 ans, et devrait abouti à des produits et procédés susceptibles de donner lieu à des brevets conjoints entre les laboratoires de recherche et les entreprises.



