Au sein de l’équipe Biogéochimie Isotopique et Expérimentale (BISE), elle a pu analyser des sols ukrainiens contaminés par le conflit en cours. Une collaboration scientifique rendue possible grâce au programme NADIYA, mis en place par l’ambassade de France en Ukraine et la CDEFI, et cofinancée par l’ITES. Elle a également bénéficié du soutien de l'Institut Français d'Ukraine.
Un programme scientifique et humain, né au cœur de la guerre
Originaire de Kiev, Nadiya a candidaté au programme NADIYA au printemps 2025. Ce programme facilite la mobilité de chercheurs et chercheuses Ukrainiens pour des séjours de moyenne durée.
« En avril, je n'avais aucune information, il y avait tellement de candidats… La réponse n’est finalement arrivée qu’en août », raconte-t-elle.
De son côté, l’ambassade de France, chargée d’identifier des laboratoires français en lien avec les thématiques de recherche, contacte l’ENGEES au travers sa responsable des relations internationales pour une possible coopération sur les pollutions des sols et de l’eau.
À Strasbourg, Jérémy Masbou, dont les recherches portent précisément sur l’analyse de micropolluants, se montre immédiatement volontaire :
« La thématique m’intéressait, et j’avais envie d’accueillir Nadiya. C’était aussi une manière de soutenir la recherche ukrainienne dans une période particulièrement difficile », explique-t-il.
La mobilité est confirmée pour un mois, et après 32 heures de voyage – un parcours complexe entre train, bus et vols via Budapest et Stuttgart – Nadiya arrive à Strasbourg début novembre.
Le programme prend en charge son hébergement ; l’ITES finance une partie des analyses. « Cela m’a offert une chance unique : ce mois a été le plus fort et l’un des plus beaux de ma vie », confie-t-elle.
Se former aux techniques analytiques pour ensuite Analyser les sols de guerre
Nadiya durant son long périple n’est pas venue les mains vides ! elle avait dans ses bagages deux kilogrammes de sols ukrainiens, prélevés dans plusieurs zones, agricoles ou urbaines, dont certaines touchées directement par des explosions et des chutes de drones.
Elle souhaite pouvoir identifier les différentes catégories de contaminants qui s’accumulent dans les sols à cause de la guerre :
molécules organiques issues d’explosifs,
métaux provenant de missiles ou de drones,
microplastiques issus notamment des milliers de drones qui s’écrasent chaque mois.
« Nous savons, par exemple en Irak, que les métaux laissés dans les sols après des conflits compliquent durablement la reprise de l’agriculture », explique-t-elle.
Pour Nadiya, l’enjeu de son séjour à Strasbourg était clair : maîtriser les protocoles et l’utilisation d’équipements analytiques avancés.
Elle a passé une grande partie de son mois à se former aux méthodes d’extraction et de préparation d’échantillons, aux protocoles analytiques appliqués aux micropolluants organiques, pesticides, métaux et microplastiques, et aux outils de la plateforme instrumentale de l’ITES.
Cette formation est stratégique pour son université :
« Nous sommes en train de créer un laboratoire moderne en Ukraine. L’expérience acquise ici va être directement réinvestie dans nos activités scientifiques et pédagogiques », explique-t-elle.
Sur la base des quelques échantillons, ils ont pu commencé à déterminer les polluants. Elle s’est notamment appuyée sur les méthodes développées dans l’équipe, dont une adaptée récemment par une doctorante du laboratoire pour l’analyse de sédiments de la Bruche, qu’elle est parvenue à transposer aux sols ukrainiens. Grâce à ce séjour, Nadiya pourra poursuivre ce travail en Ukraine.
Une immersion scientifique complète
Durant son séjour, Nadiya n’a pas seulement conduit ses analyses. Elle a aussi participé à :
un TP de chimie des eaux avec le laboratoire LEE,
des prélèvements de terrain sur la Souffel et à la station d’épuration de Griesheim-sur-Souffel,
des échanges pédagogiques autour de l’analyse des eaux destinées à la consommation humaine, grâce à l’accompagnement de Carole Lutz.
« Nous menons des travaux pratiques similaires dans mon université. L’expérience acquise ici me permettra d’améliorer nos enseignements », souligne-t-elle. « Être ici m’a rendu plus forte, humainement et professionnellement. »
Science, résilience et espoir
En Ukraine, enseigner et faire de la recherche se déroule sous les coupures d’électricité et les alertes aériennes.
Elle décrit les bunkers trop pleins où il fait extrêmement chaud, les tableaux de cours éclairés au téléphone par ses étudiants… mais la détermination intacte de ces derniers !
« J’avais cours à 8h30. Une alerte a retenti, les étudiants auraient dû rester chez eux, mais sans connexion, certains sont quand même venus. Ils voulaient vraiment apprendre ! Et l’alerte durait tellement longtemps que nous ne savions plus trop si elle était levée ou non » raconte-t-elle.
Pour Jérémy Masbou, l’accueil de Nadiya a également été une expérience marquante :
« J’ai beaucoup appris. Cela permet de relativiser et de prendre conscience des conditions dans lesquelles d’autres chercheurs travaillent. C’était un échange riche, humainement et scientifiquement. »
Construire ensemble la sécurité environnementale de demain
Nadiya le rappelle : « La guerre ne se résume pas aux chars et aux missiles ; elle touche aussi les sols, l’eau, l’environnement. Étudier ces impacts, c’est protéger les populations et préparer la reconstruction future. »


